—Mais je pense que vous ferez un heureux... Puis-je savoir quel est l'homme sur lequel vous avez jeté les yeux?
—Vous le connaissez, Barras!... c'est le général Vendémiaire, dit en souriant Joséphine.
—Bonaparte? Un garçon d'avenir... un artilleur de premier ordre... Si vous l'aviez vu comme moi à cheval, dans le cul-de-sac Dauphin, braquant ses canons contre les sectionnaires sur les marches de Saint-Roch, vous seriez persuadée qu'un homme aussi brave ne peut faire qu'un excellent mari... Oh! il est intrépide!... j'étais à côté de lui, et les sectionnaires faisaient un feu du diable, dit Barras en manière d'aparté.
—Il est bon, fit Joséphine... Il veut servir de père aux orphelins d'Alexandre de Beauharnais et de mari à sa veuve.
—C'est très louable, mais l'aimez-vous?
—Je serai franche avec vous, Barras; non, je ne l'aime pas... d'amour...
—Auriez-vous de l'éloignement pour lui?... Dame, il ne paie pas de mine...
—Je n'ai pour lui ni répugnance, ni désir... je me trouve dans un état de tiédeur qui me déplaît... C'est ce que les dévots,—vous savez qu'à la Martinique, mon pays, on est fort attaché à la religion,—trouvent l'état le plus fâcheux pour l'âme...
—Il s'agit aussi du corps, lorsqu'on parle du mariage...
—L'amour est un culte aussi, Barras! Il exige la foi... on a besoin de conseils, d'exhortations pour croire, pour être fervente... voilà pourquoi je réclame vos conseils. Prendre une résolution a toujours paru fatigant à ma nature nonchalante... J'ai, toute ma vie, trouvé plus commode de suivre la volonté des autres...