Deux jours après la cérémonie officielle, il se mettait en route pour l'Italie. Il était désormais sur la route de la gloire et ne s'arrêterait plus à l'hôtellerie de l'amour, qu'en passant, entre deux victoires, jusqu'au jour où la fatalité le ferait trébucher contre le lit éblouissant de l'archiduchesse Marie-Louise d'Autriche.

Dans l'acte de mariage, Bonaparte par galanterie, pour rapprocher les distances d'âge, s'était vieilli de deux ans, et, par coquetterie, Joséphine, par un certificat de nativité, à défaut d'acte de naissance régulier, s'était rajeunie de quatre ans. Cette supercherie d'une jolie femme, désireuse de ne pas paraître trop âgée auprès d'un jeune époux, devait avoir de terribles conséquences pour Joséphine, à l'époque du divorce, au moins sous le rapport de la légalité de cette procédure.

Bonaparte emporta sa fièvre passionnelle en courant vers cette Italie, où les triomphes les plus prodigieux l'attendaient.

Il ne laissait passer aucune journée sans adresser à sa Joséphine des épîtres amoureuses, un peu emphatiques de ton, où l'on retrouvait l'éloquence et la pompe de Saint-Preux écrivant à Julie. Harassé de travaux, las de veiller, à peine descendu de cheval après avoir parcouru les positions où le lendemain il battrait l'ennemi, le jeune général, au milieu de préoccupations et de dangers qui se multipliaient, ne manquait jamais de jeter sur le papier des phrases embrasées, témoignant de l'intensité de son amour, qu'un courrier, galopant nuit et jour, portait aussitôt à Paris avec le bulletin de la bataille gagnée la veille et l'annonce des drapeaux pris à l'ennemi qu'un aide de camp déposerait sur l'autel de la Patrie, dans une cérémonie magnifique présidée par les directeurs.

Et cette fête de la Victoire qu'il organisait de sa tente dressée sur le plateau de Rivoli, cette journée de patriotiques réjouissances qu'il donnait à Paris, quand son ami Junot se présenta à la Convention porteur des étendards autrichiens, c'était pour sa Joséphine que l'idée, un peu théâtrale, lui en était venue.

Elle fut la reine de la France, ce jour-là, l'insignifiante et sensuelle créole. Devant les troupes, en face de tout le peuple rassemblé, au son du canon et des cloches, clamant à la cité en liesse l'alleluia de la victoire, elle parada au bras de Junot, en qui l'on saluait le représentant, l'ami, le compagnon du héros dont le nom montait vers le ciel, proféré par cent mille bouches en délire.

Carnot debout, au centre de l'autel du Champ de Mars, prononçait une harangue où le jeune général victorieux était comparé à Epaminondas et à Miltiade. Lebrun, poète officiel, dirigeait un chœur chantant cet hymne de circonstance:

Enivrons-nous, amis, aux coupes de la gloire.

Sous des lauriers, que Bacchus a d'attraits!

Buvons, buvons à la victoire,