—Qui êtes-vous?... Que voulez-vous? dit-elle avec fermeté...
—Un vaincu... je suis blessé... on me poursuit... donnez-moi asile... sauvez-moi, au nom du ciel, madame!... Je me nomme le comte de Neipperg... Je suis officier autrichien...
Il n'en put dire davantage.
Une écume rose lui montait aux lèvres. Son visage devenait d'une pâleur effrayante.
Il s'abattit sur le seuil de l'allée...
Catherine, en voyant tomber devant elle ce jeune homme élégant, dont le jabot et le gilet étaient rouges de sang, poussa un cri de pitié et d'effroi:
—Ah! le pauvre garçon!... dit-elle... comme ils l'ont arrangé... C'est pourtant un aristocrate!... il a tiré sur le peuple... ce n'est pas même un Français... il a dit qu'il était Autrichien... C'est égal, c'est un homme tout de même!...
Et, mue par cet instinct de bonté qui se trouve au cœur de toutes les femmes, même les plus énergiques,—dans toute cantinière robuste il y a une douce sœur de charité,—Catherine se baissa, tâta la poitrine du blessé, écarta doucement les linges englués de sang et chercha à s'assurer s'il était mort...
—Il respire encore, dit-elle avec joie... on peut le sauver!
Alors, courant à la cuve, elle remplit une jatte d'eau fraîche, et après avoir pris la précaution de fermer la porte de la rue solidement, en assujettissant la barre, elle revint vers le blessé.