Elle fit une compresse, déchirant le premier linge qu'elle trouva sous sa main...

Dans sa précipitation, elle ne s'aperçut pas qu'elle venait de mettre en pièces une chemise d'homme.

—Ah! j'ai fait un joli coup, se dit-elle, voilà que j'ai pris la chemise d'une pratique!...

Elle regarda la marque:

—C'est à ce pauvre petit capitaine d'artillerie... Napoléon Bonaparte!... Le pauvre garçon n'en a pas de trop... Il me doit aussi une note assez forte... C'est égal, je lui rendrai une chemise neuve... J'irai l'acheter et je la lui porterai moi-même à son garni, en lui disant que j'ai roussi la sienne avec mon fer... Pourvu qu'il accepte, car il est bien fier!... Ah! en voilà un qui ne fait pas beaucoup attention à son linge... pas plus qu'aux femmes, d'ailleurs! acheva-t-elle avec un léger soupir.

Tout en pensant ainsi à la pratique dont elle mettait le linge en charpie, Catherine, avec délicatesse, posait ses compresses sur la blessure de cet officier autrichien, hôte inattendu chez une patriote comme elle.

La vue de ce jeune homme, frappé à mort peut-être, tout pâle, sans forces, dont l'énergie et la vie coulaient par une plaie énorme, avait changé tous les sentiments de Catherine.

Ce n'était plus alors l'amazone en jupon court, s'avançant parmi les combattants, bondissant de joie à chaque volée de mitraille et souhaitant d'avoir un fusil pour participer à cette fête de la mort.

Elle était devenue l'ange secourable qui se penche vers les souffrances humaines.

Elle avait presque sur les lèvres une malédiction contre la guerre et se disait que les hommes étaient encore bien sauvages pour s'entretuer de la sorte.