Puis, son tempérament énergique reprenant le dessus, elle songea:
—Bah!... Lefebvre est trop brave, trop solide pour être comme ce petit aristocrate... c'est un coffre à balles, Lefebvre!... il en recevrait une demi-douzaine dans le sac, sans dire seulement ouf!... c'est pas taillé comme ces freluquets... Et ça se mêle de vouloir défendre madame Véto, ça ose tirer sur le peuple!...
Elle haussa les épaules, puis regardant de nouveau son blessé:
—C'est impossible qu'il reste là... il va passer pour sûr!... Comment faire?... C'est un ami de mademoiselle Blanche... je ne peux pas le laisser mourir comme ça... il faut que je fasse tout pour le ranimer...
Cette pensée lui vint tout à coup:
—C'est peut-être le fiancé de mademoiselle Blanche?... Ce serait drôle si je la mariais, moi, qu'elle avait promis de doter! Oh! il faut que je sauve ce jeune homme!... et mon Lefebvre qui n'arrive pas! répéta-t-elle embarrassée, cherchant le moyen de transporter l'Autrichien.
Puis, cette réflexion lui traversa l'esprit:
—Il vaut mieux que Lefebvre ne soit pas là... Oh! ce n'est pas qu'il soit méchant ni qu'il lui vienne à l'idée de me reprocher de sauver un aristocrate... quand il saura que c'est un ami de ma bienfaitrice, il n'aura rien à dire... et puis, après la bataille, un soldat français ne connaît plus d'ennemis... Lefebvre me l'a dit bien souvent! mais il est jaloux comme un tigre!... Ça lui déplairait de me voir tripoter les chairs blanches de cet aristo... ensuite, il se demanderait peut-être, comment que ça se fait que ce jeune homme soit venu se réfugier chez moi... Pour te demander asile, il faut qu'il te connaisse! C'est ce qu'il dirait... je sais bien ce que je lui répondrais moi... mais ça ne fait rien, j'aime mieux qu'il ne le voie pas...
Et de nouveau, faisant un effort, elle tenta de soulever le corps, devenu pesant par l'inertie, du jeune Autrichien...
A ce moment, on frappa à la porte de la rue...