—Ingrat!... tu devais vivre pour moi...

—Pour toi!... N'étais-tu pas à mes yeux comme une morte?... n'allais-tu pas me quitter pour toujours!...

—Ce mariage odieux n'était pas encore conclu... un hasard pouvait nous secourir... il fallait espérer!...

—Tu m'avais dit toi-même, fit Neipperg, qu'il n'existait aucune espérance... Aujourd'hui 10 août, tu devais être la femme d'un autre et t'appeler madame de Lowendaal!... ton père l'avait ainsi décidé... et tu n'avais pu résister...

—Tu sais bien que mes pleurs, mes prières étaient inutiles... Menacé d'être ruiné par ce baron de Lowendaal, ce Belge millionnaire qui lui avait prêté de grosses sommes et exigeait le remboursement immédiatement... ou ma main, mon père avait consenti à lui accorder ce qu'il désirait le plus...

—Et ce qui coûtait le moins à ton père... le Marquis payait ses dettes avec sa fille!...

—Oh! mon ami, mon père ignorait que notre amour fût si grand... il ne savait rien... il ne sait rien encore... dit Blanche avec une énergie croissante.

Catherine, pendant cette conversation entre les deux amoureux, s'était tenue à l'écart. Par discrétion, elle passa dans l'atelier au moment où Neipperg, avec une exaltation douloureuse, regardant Blanche, répondit:

—Oui... ils ignoreront tout... car je m'éloignerai, je disparaîtrai... Ma mort, vois-tu, aurait rendu le silence plus complet, l'ignorance plus profonde... mais les balles des sans-culottes n'ont pas voulu de moi, ce sera à recommencer!... Aussi bien les occasions de mourir ne sauraient manquer dans les années qui vont s'ouvrir... la guerre est déclarée... je vais chercher dans les rangs de l'armée impériale, sur les bords du Rhin, cette mort qui n'a pas voulu de moi dans les décombres des Tuileries!...

—Tu ne feras pas cela!