Parmi ceux-ci, circulant l'air vainqueur et se cambrant avec avantage en passant devant les jolies filles, on pouvait remarquer un grand et fort garçon aux traits à la fois énergiques et doux, qui portait le coquet costume de garde française avec la cocarde bleu et rouge de la municipalité de Paris. Sur sa manche, le galon d'argent indiquait son grade: un sergent passé, comme beaucoup de ses camarades, dans la milice soldée de la ville, depuis le licenciement des gardes françaises.
Il tournait et retournait aux alentours d'une robuste et appétissante luronne, à l'œil honnête et bleu, à l'allure dégagée. Celle-ci regardait ironiquement le beau garde française hésitant à s'approcher d'elle, malgré les encouragements de ses camarades:
—Mais vas-y donc, Lefebvre! soufflait l'un des gardes... la place n'est pas imprenable!...
—Elle a même peut-être déjà connu la brèche! disait un autre.
—Si tu n'oses pas l'aborder, moi, j'essaie! ajoutait un troisième.
—Tu vois bien que c'est toi qu'elle reluque! On va danser la fricassée... Invite-la!... reprit le premier, encourageant le sergent Lefebvre.
Celui-ci se tâtait; il n'osait accoster la fraîche et jolie commère, nullement décontenancée d'ailleurs et qui semblait n'avoir pas froid aux yeux.
—Tu crois, Bernadotte? répondit Lefebvre à celui qui l'excitait ainsi, comme lui sergent... Morbleu! un soldat français n'a jamais reculé ni devant l'ennemi ni en face d'une belle... je vais tenter l'assaut!...
Et se détachant de ses camarades, le sergent Lefebvre marcha droit à la jolie fille, dont les yeux s'étaient chargés de colère et qui s'apprêtait à le recevoir de la plus belle façon, ayant entendu les propos peu respectueux des militaires sur son compte.
—Attends! ma fille, dit-elle à sa voisine, j'vas leur apprendre, moi, à ces freluquets de gardes françaises, si j'ai une brèche!