Tandis que le comte de Neipperg et Blanche de Laveline, dans un tête-à-tête délicieux, échangeaient des projets d'avenir et parlaient de leur enfant, Catherine avait passé un panier empli de linge à son bras et se disposait à sortir.
Elle voulait mettre à profit le temps. Les amoureux bavardaient, ils ne seraient pas fâchés de son absence, et puis toute la matinée avait été perdue pour la blanchisseuse. C'est vrai qu'on ne prend pas les Tuileries tous les jours, mais enfin il fallait bien rattraper un peu sa journée.
Et puis elle réfléchissait à tous les événements qui venaient de se produire.
Elle avait désormais charge d'âmes.
Neipperg avait fort approuvé la confiance de Blanche, la chargeant de retirer le petit Henriot des mains de la mère Hoche, qui le gardait à Versailles, pour le conduire à Jemmapes.
Une fois guéri, Neipperg irait retrouver la mère de son enfant, bravant la colère du marquis de Laveline, prêt à tenir tête au baron de Lowendaal et à lui disputer Blanche, l'épée à la main, s'il le fallait.
Et Catherine, tout en se mettant en route, se disait:
—Lefebvre est à sa section où l'on vote... Il ne sera pas de retour avant que l'élection des nouveaux officiers soit proclamée... Oh! ça prendra bien deux heures!... Ils sont longs à voter, à la section des Filles-Saint-Thomas... tous beaux parleurs, sauf mon Lefebvre!... J'ai donc le temps de donner un coup de pied jusque chez le capitaine Bonaparte!...
Et pensant à son client, le maigre et hâve officier d'artillerie, elle sourit:
—C'est qu'il n'en a pas trop de chemises, le capitaine! se dit-elle, celle-ci peut lui faire défaut...