Bonaparte vint à lui souriant, comme s'il ignorait de quelle façon on s'y était pris pour lui amener le visiteur, et dit, la main tendue:

—Vous êtes le bienvenu dans ma maison... j'ai voulu que vous fussiez libre, vous ne l'étiez pas chez les Peraldi... asseyez-vous à mon foyer, mon cher commissaire!

Comme ses guides avec leurs fusils étaient encore à portée, prêts à obéir aux ordres de Bonaparte, Muratori s'assit, fit contre fortune bon cœur et ne parla plus de retourner chez les Peraldi.

Le lendemain, Bonaparte fut élu commandant des gardes nationales d'Ajaccio.

L'homme de Brumaire était en germe dans le candidat à la milice. Le coup de force d'Ajaccio présageait celui de Saint-Cloud.

La situation de Bonaparte, acceptant un commandement territorial, alors qu'il faisait partie de l'armée active, n'était pas très régulière. Mais on était en période révolutionnaire.

Il est certain qu'en des temps différents, cette infraction pouvait lui coûter cher.

Il prolongea en effet son congé bien au delà du terme qui lui avait été assigné.

Le motif qui le poussa à rester à la tête de la milice corse, où il avait le grade de lieutenant-colonel, ne fut ni l'ambition ni la passion politique.

Son génie en ébullition ne pouvait être contenu dans son île étroite et misérable.