Ce fut l'argent, toujours la question d'argent, qui gouverna à cette époque la conduite de l'aventureux condottiere.
Sa solde dans la garde nationale était de 162 livres par mois, le double de ses appointements de lieutenant d'artillerie.
Avec cette somme, il pouvait subvenir aux charges croissantes de sa trop nombreuse famille et élever convenablement son frère Louis.
Voilà le motif qui le poussa à rester en Corse. Bonaparte a toujours été un peu la victime des siens.
Ajoutons qu'en commandant le bataillon d'Ajaccio, il ne désertait pas, comme on l'a prétendu. La garde nationale alors faisait, surtout en Corse, un service actif. Elle était assimilée à l'armée. Bonaparte, pour se justifier, argua d'ailleurs d'une autorisation du maréchal de camp de Rossi, qui lui avait été délivrée, en attendant la promesse de régularisation de sa situation, conformément au décret de l'Assemblée du 17 décembre 1791, qui autorisait les officiers de l'armée active à servir dans les bataillons de la garde nationale.
Destitué par le colonel Maillard, Bonaparte vint à Paris pour exposer sa conduite et plaider sa cause devant le ministre de la guerre.
Il avait l'espoir d'obtenir sa réintégration.
Mais, en attendant le décret, il menait à Paris une existence solitaire et besogneuse.
Il faisait maigre chère à son hôtel, dînait le plus souvent possible en ville, chez M. et madame Permon, qu'il avait connus à Valence et dont la fille devait épouser Junot et devenir duchesse d'Abrantès. Plus tard, Bonaparte eut la pensée de demander la main de madame Permon, restée veuve avec une certaine fortune.
Malgré son économie, il eut, à cette époque, quelques dettes.