La porte s'ouvrit, la clef étant restée dans la serrure, et un jeune homme parut, portant l'uniforme de fantassin.
Un gentil jeune homme frais, rose, délicat, sans barbe encore, avec des yeux noirs pleins d'énergie...
Sur la manche du fusilier luisait le galon de sergent, tout neuf...
—Que me voulez-vous? demanda Bonaparte avec brusquerie, vous vous trompez sans doute?...
Le jeune sergent fit le salut militaire.
—C'est bien au capitaine d'artillerie Bonaparte que j'ai l'honneur de parler? dit-il d'une voix douce.
—A lui-même... quelle affaire vous amène?...
—Je me nomme René... dit avec une certaine hésitation le petit soldat.
—René... tout court? demanda Bonaparte, fixant sur cet inconnu son regard perçant, qui fouillait jusqu'au plus profond de l'âme.
—Oui, René... reprit avec plus d'assurance le visiteur... au bataillon des volontaires de Mayenne-et-Loire, où je suis incorporé, on m'appelle aussi le Joli Sergent...