—Vous méritez ce surnom, dit Bonaparte souriant, vous avez en effet l'air bien doux, bien coquet pour un soldat...
—Vous me jugerez au feu, mon capitaine!... répondit avec crânerie le pimpant volontaire.
Bonaparte fit une grimace, où il y avait de la mélancolie. Il grommela:
—Au feu!... si on m'y envoie jamais!...
Il reprit, examinant plus soigneusement ce visiteur inattendu:
—Arrivez au fait... que me demandez-vous? que puis-je pour vous?...
—Voici, mon capitaine, l'objet de ma démarche... mon bataillon, commandé par M. de Beaurepaire...
—Un brave!... un énergique soldat! je le connais et je l'apprécie, interrompit Bonaparte. Et où est-il en ce moment, votre bataillon? fit-il avec un intérêt plus marqué, sans cesser d'observer dans une attention profonde ce sergent, si jeune et qui semblait si intimidé.
—A Paris... oh! pour peu de jours!... nous arrivons en courant d'Angers, et nous avons sollicité l'honneur de partir les premiers pour la frontière... on nous envoie au secours de Verdun...
—C'est très bien!... Que vous êtes heureux d'aller vous battre! dit Bonaparte avec un soupir, et il ajouta: