—Je l'avais soupçonné tout d'abord! dit Bonaparte avec bonne humeur. Mais vos camarades, vos chefs ne se sont aperçus de rien?

—Nous avons au bataillon un grand nombre de tout jeunes gens... pas un n'a de poil au menton... et puis, mon capitaine, je fais mon service très sérieusement! dit avec fierté la jeune guerrière.

—Je n'en doute pas!... Enfin, vous voilà volontaire... et vous voulez être rejointe à l'armée du Nord, si j'ai bien compris votre désir, par ce médecin... cet aide, nommé Marcel... qui vous touche certainement plus qu'un frère... pour qui, probablement, vous vous êtes enrôlée... Oh! je ne vous demande pas votre histoire!... Gardez votre secret!... Vous m'avez intéressé, et si je puis vous être utile, comptez sur moi... Allez voir Robespierre jeune! Dites-lui bien que c'est son ami Bonaparte qui vous envoie!

Et il tendit la main au joli sergent, qui la serra avec des transports de joie...

Le capitaine regarda s'éloigner Renée, toute radieuse.

Son visage s'éclaircit un instant; il murmura avec envie:

—Ils s'aiment... et ils vont combattre ensemble pour la patrie, ces jeunes gens! qu'ils sont heureux!...

Et la mélancolie de nouveau envahit son front.

Il se remit à sa table, promena son doigt sur la carte, et, pensif, considéra longuement cette ville de Toulon, la grande place maritime du Midi, en disant avec exaltation:

—Oh! si je pouvais battre les Anglais!... car je les battrais... là!... là!...