Bernadotte, cependant, qui avait suivi avec un regard jaloux son camarade s'approchant de la jolie fille, beaucoup plus satisfait de voir les choses s'envenimer, s'approcha de lui, le prit par le bras et lui dit:
—Viens avec nous... tu vois bien qu'on ne veut pas danser avec toi... Mademoiselle ne sait d'ailleurs peut-être pas la fricassée...
—Qu'est-ce qui vous demande l'heure qu'il est à vous? dit vivement la luronne... Je sais danser la fricassée et je la danserai avec qui me plaît... pas avec vous, par exemple!... Mais si votre camarade veut m'inviter poliment... eh bien! je tricoterai des jambes avec lui volontiers... sans rancune, n'est-ce pas, sergent?
Et cette joyeuse et bonne fille, toute de premier mouvement et de franche allure, tendit sa main à Lefebvre.
—Sans rancune, oh! oui, mademoiselle!... Je vous demande encore une fois bien pardon... Ce qui s'est passé tout à l'heure, voyez-vous, c'est un peu la faute des camarades... c'est Bernadotte, que vous voyez là, qui m'a poussé... Oh! je n'ai eu que ce que je méritais!...
Et comme il s'excusait ainsi de son mieux, la jeune fille, l'interrompant, lui demanda sans façon:
—Mais dites donc, à votre accent, on dirait que vous êtes Alsacien?...
—Né natif du Haut-Rhin! à Ruffach!
—Parbleu! en v'là un hasard... moi, je suis de Saint-Amarin...
—Vous êtes ma payse!