La crainte qu'il éprouvait n'était pas sans quelque fondement.
Le Goëz multipliait ses visites au moulin. Il avait une seconde fois averti le père de Marcel que son bail expirait prochainement et qu'il n'avait à compter sur aucun renouvellement. En vertu de la procuration que le comte de Surgères lui avait remise, Le Goëz signifierait au meunier d'avoir à céder ses terres. Aucun délai ne lui serait accordé...
Toutefois le tabellion avertissait le père de Marcel que, s'il voulait envoyer son fils à Rennes et lui déclarer qu'il eût à renoncer à tout espoir d'épouser Renée, il consentirait à un renouvellement de bail.
Le meunier était fort embarrassé: son fils persistait dans ses intentions et jurait qu'il épouserait Renée, malgré Bertrand Le Goëz; de son côté, la jeune fille avait répondu à toutes les sollicitations du régisseur amoureux par un refus catégorique.
Bertrand Le Goëz résolut de séparer violemment les deux jeunes gens.
La France courait aux armes. De tous côtés se présentaient aux municipalités des volontaires, réclamant des fusils, des piques, et s'engageant à mourir pour la patrie.
Le tabellion, en sa qualité de procureur de la commune, convoqua, un dimanche matin, tous les jeunes gens du pays et leur adressa un appel chaleureux: il s'agissait d'aller à Rennes renforcer le bataillon d'Ille-et-Vilaine.
Plusieurs volontaires se présentèrent, s'enrôlèrent et partirent le lendemain.
Bertrand Le Goëz s'empressa de signaler partout le mauvais exemple et la lâcheté de ceux qui, jeunes, vigoureux, capables de porter les armes, se dérobaient à l'honneur de défendre la patrie et préféraient s'amollir en compagnie des vieilles gens et des jeunes filles...
Sa harangue visait directement Marcel...