Celui-ci, comprenant quel parti Le Goëz comptait tirer de son inaction, se rendit chez le garde-chasse.
Il trouva La Brisée occupé à nettoyer ses fusils, en sifflotant un air de chasse.
Renée cousait à côté de la femme du garde.
Elle poussa un cri de surprise en voyant entrer Marcel.
Un malheur était imminent... Du regard elle l'interrogea, le suppliant de la rassurer.
—Père La Brisée, dit le jeune homme d'une voix émue, je viens vous faire mes adieux ainsi qu'à Renée... Je pars!...
—Oh! mon Dieu! fit la jeune fille, en portant la main à son cœur... Pourquoi nous quittez-vous, Marcel!... Ce méchant Le Goëz veut-il donc toujours reprendre à votre père ses terres?...
—Ce n'est pas pour cette seule raison que je dois m'en aller...
—Et où vas-tu, garçon?... dit tranquillement La Brisée, tout en frottant la platine de son arme...
—Je ne sais... devant tout le village, on m'a reproché ce qu'on a appelé ma lâcheté... ce n'est pas par crainte que je ne prenais pas un fusil, bien que je considère la guerre comme un fléau, et que les peuples qu'on y mène, ainsi que des moutons à la tuerie, soient de bien grands fous, ainsi que l'a démontré Jean-Jacques, mon maître! Pourquoi se laissent-ils entre-détruire pour des intérêts qui ne les touchent pas? La guerre actuelle est juste... c'est celle des esclaves brisant leurs fers... c'est la guerre de la liberté contre la tyrannie, et celle-là, Jean-Jacques Rousseau lui-même l'eût approuvée!...