Et comme il manifestait de nouveau son incrédulité, elle lui répondit avec assurance:
—Tu verras!... Est-ce que je ne ferai pas un gentil soldat?...
Et elle ajouta en riant:
—Dame! je n'ai pas tes idées sur la guerre... Je ne suis pas philosophe, moi, mais je t'aime et je te suivrai partout!...
—Mais les fatigues?... les étapes?... le fusil est lourd et le sac pèse!... Tu n'as pas d'idée des pénibles travaux de la guerre, pauvre enfant! disait Marcel pour la dissuader de ce projet qu'il taxait de folie.
—Je suis forte... et puis l'on s'y fait!... il part tous les jours des jeunes gens, qui ne sont pas si robustes que moi... et ils n'ont pas, comme moi, leur amour sous les drapeaux!... répondait-elle avec crânerie.
—Mais si tu venais à être blessée?...
—N'es-tu pas médecin?... tu me soignerais, tu me guérirais!...
Quelques jours après, à la brune, on aurait pu voir, marchant d'un pas allègre, un tout jeune homme se diriger vers Angers, portant au bout d'un bâton un petit paquet de linge et vêtu du costume de garde national. Ce jeune homme s'était présenté, aussitôt arrivé à Angers, à la mairie, et s'était fait inscrire comme volontaire au bataillon de Mayenne-et-Loire, sous les noms de René Marcel, fils de Marcel, meunier à Surgères.
Le jeune homme avait ajouté qu'il rejoignait le corps où son frère Marcel, déjà enrôlé, servait en qualité d'aide-major.