—Oui, laisse-moi faire, je réponds de ramener Henriot sain et sauf.
Et, sans permettre au maréchal de répondre, d’opposer une objection raisonnable, la maréchale, soulevant la toile de la tente, cria vivement:
—La Violette!... La Violette... Avance à l’ordre!...
[XIV]
VIEUX SOUVENIRS
Il y avait, sous les murs de Dantzig et entre les tranchées françaises, aux jours où le canon se taisait, un échange permanent de relations rapides et non prévues par les autorités, des allées et venues de débitants, de femmes colportant l’eau-de-vie et les nouvelles, de brocanteurs suspects et de trafiquants équivoques. Dans tous les sièges qui se prolongent, ces suspensions d’armes s’établissent par le fait des choses. De là un certain mouvement de passants d’un camp à l’autre, en ces courts instants de trêve.
C’est un de ces moments-là qu’avait choisi La Violette pour tenter de pénétrer avec la maréchale dans la ville assiégée.
Mis au courant des projets de Catherine, La Violette avait juré qu’il l’aiderait à sauver Henriot.
Ayant dépouillé son brillant costume de tambour-major, La Violette s’était affublé d’une large houppelande crasseuse achetée à un de ces nombreux mercantis juifs, venus du Levant ou sortis des steppes russes, qui escortaient les armées, et il s’était présenté à l’une des portes de la ville, suivi de la maréchale habillée en femme de la campagne des environs de Kœnigsberg.
La Violette parlait l’allemand et la maréchale, originaire d’Alsace, pouvait se faire comprendre de tous les pays germaniques.
An chef de poste, La Violette expliqua que, surpris par l’arrivée des Français, ils n’avaient pu, sa compagne et lui, se rendre à la ville où se trouvaient des parents à eux, fort inquiets sur leur sort. Ils sollicitaient l’autorisation d’entrer dans la ville et de les voir.