—Laissez-nous! dit-elle vivement.

—Qu’a donc madame la duchesse aujourd’hui? se demanda Lise, et comme la venue de ce garçon chapelier l’a troublée...

Tout en fermant la porte derrière elle, Lise ricana:

—Ah! ah!... elle l’aura connu quand elle était blanchisseuse... une ancienne connaissance du bon temps!... Ah! ah! ça serait drôle, ce commis de chapelier qui vient de Paris pour coiffer madame et qui s’en irait ayant aussi fourni la coiffure à monsieur le maréchal! ah! ah!...

Tandis que Lise s’égayait ainsi aux dépens de sa maîtresse, celle-ci courait au commis chapelier et, lui prenant les mains, avec anxiété, lui disait:

—C’est vous!... comment êtes-vous à Compiègne?...

—Je me trouvais à Paris, chez votre chapelier... J’appris qu’on vous envoyait un chapeau... Je suivis le garçon chargé de l’apporter... En route, moyennant un napoléon, j’obtins qu’il allât m’attendre au cabaret... Je suis entré à sa place... et je crois avoir bien suffisamment rempli mon rôle... Vos gens s’y sont trompés... Votre intendant m’a proposé, en m’accueillant, de majorer votre facture... Le valet de chambre m’a réclamé son tant pour cent et votre camériste m’a fort recommandé de ne pas oublier ses épingles... Vous voyez que je suis bien en sûreté!...

—Quelle imprudence!... Ne savez-vous pas que vous avez des ennemis puissants à la Cour?...

—Je n’en ai qu’un, l’Empereur!...

—C’est suffisant!... Ah! quelle émotion, si l’on savait que le comte de Neipperg est ici!...