—On ne le saura pas! dit Neipperg avec désinvolture, car c’était lui qui, incapable de supporter plus longtemps l’éloignement, avait tout bravé pour revenir en France, pour revoir Marie-Louise, ainsi que l’avait prévu Fouché.

—Mais les espions!... fit Catherine alarmée; songez donc que vous êtes observé, surveillé, filé... L’Empereur a eu certainement contre vous des notes, des rapports... On a fait causer des femmes de l’Impératrice... Enfin, si l’on vous trouve, si l’on apprend votre présence en France, vous êtes perdu!...

—Je ne pense rester que fort peu de temps; dans deux jours, au plus tard, je reprendrai la route de Vienne...

—Alors, pourquoi êtes-vous venu?...

—Je devais voir l’Impératrice...

—C’est impossible!... pourquoi cette obstination?... Vous êtes imprudent! plus que cela... vous n’avez pas le droit de troubler le repos de l’Impératrice, de l’exposer à des soupçons...

Neipperg réfléchit un instant, puis, prenant la main de Catherine, il lui dit avec émotion:

—Ma chère duchesse, ne m’interrogez pas trop!... ne me poussez pas à vous montrer à nu mon cœur, mon triste cœur!... vous l’avez deviné, vous le voyez, j’aime l’Impératrice et quelque chose me dit qu’elle n’a pas pour moi que de l’indifférence...

—Malheureux!... tromper l’Empereur... c’est la mort pour vous, la honte, la répudiation pour elle!... Renoncez à cette passion insensée!...

—Je ne puis... avec ma vie seulement s’éteindra ce fol amour! s’écria avec énergie Neipperg; mais je veux du moins que ma téméraire passion ne nuise pas à celle qui en a été l’objet...