—L’Impératrice, sachant que c’est grâce à vous qu’un sursis a été obtenu et que l’exécution sommaire a pu être arrachée à Savary, insiste auprès de l’Empereur pour que celui-ci soit renvoyé... Elle vante votre habileté, proteste contre l’injustice dont vous êtes l’objet et obtient facilement de son auguste époux qu’on vous rende les fonctions que vous remplissez si bien...

—Ma foi! vous m’avez convaincu, duchesse! dit Fouché, ouvrant sa tabatière, et puisant une prise légère, ainsi qu’il en avait l’habitude dans les moments de délibération intime... C’est parfaitement raisonné... et je vais essayer d’enlever ce pauvre M. de Neipperg à Savary...

—Qu’allez-vous faire?...

—Il faut que je voie l’Empereur sur-le-champ.

A ce moment, Constant, le valet de chambre, paraissait, et de nouveau s’informait du duc de Rovigo. L’Empereur le réclamait avec insistance.

—Voulez-vous dire à Sa Majesté que je suis là, mon bon Constant, fit Fouché s’avançant d’un air aimable vers le très influent valet de chambre... faites savoir à Sa Majesté que je me tiens à sa disposition...

Constant, qui avait des obligations envers l’ancien policier, s’inclina d’un air entendu, indiquant qu’il transmettrait la demande d’audience.

—Si Savary tarde encore dix minutes et que je puisse parler à l’Empereur, M. de Neipperg est hors de danger! dit Fouché avec conviction.

—Et quel moyen emploierez-vous? demanda la maréchale.

—Je représenterai à Sa Majesté qu’il est impossible qu’elle livre au peloton d’exécution, sur-le-champ, sans procédure, presque sans jugement, un homme surpris, la nuit, dans son palais... ce serait se couvrir de ridicule... et aussi compromettre terriblement l’Impératrice... irriter la cour d’Autriche et justifier en même temps toutes les histoires scandaleuses qui courent sur une prétendue intimité de M. de Neipperg et de Marie-Louise.