—Mais comment expliquerez-vous la présence de cet imprudent dans le palais?...

—Une conspiration...

—Il faudrait qu’il y en eût une...

—Ce n’est pas nécessaire... un bon ministre de la police en a toujours deux ou trois en réserve... J’ai conservé les éléments de deux fort jolis complots, l’un avec les républicains... Lahorie, Malet, les Philadelphes... mais il serait peu vraisemblable que le comte de Neipperg, un général autrichien et un diplomate très aristocrate, se fût accointé avec ces anciens jacobins... Non! il serait préférable de le mêler à un complot royaliste... le comte de Provence, les émigrés à Londres... il se trouvera là avec des gens de son monde...

—Mais une conspiration, c’est grave!... si l’on allait trouver des preuves?...

—Puisqu’il n’y a pas de conspiration! Après tout, fit Fouché avec son sourire sceptique, ce serait assez curieux qu’il y en eût une et qu’on découvrît des preuves. Mais cela nous ferait toujours gagner du temps, et puis, nous n’avons pas le choix des moyens!... Eh! voici Constant qui revient... Eh bien! Sa Majesté me fait appeler?...

—Sa Majesté a répondu qu’elle recevrait M. le duc d’Otrante, mais seulement après avoir vu M. le duc de Rovigo...

Fouché fit une grimace.

—Sa Majesté n’a dit que cela?...

—Sa Majesté a ajouté: je ne suis pas pressé de recevoir M. le duc d’Otrante... c’est encore quelque sotte histoire de conspiration qu’il veut me conter... qu’il me laisse d’abord en finir avec M. de Neipperg... Ainsi, monsieur le duc, il faut attendre!... du reste voici M. de Rovigo... je vais l’annoncer...