Savary arrivait, en effet, essoufflé, un peu ahuri.
—Eh bien? Qu’y a-t-il? Savez-vous pourquoi l’Empereur me fait appeler au milieu de la nuit, vous qui prétendez savoir tout? dit Savary à son prédécesseur. Et il ajouta avec dédain: Je parie que c’est à vous que je dois ce réveil! Vous aurez encore fourré dans l’esprit de Sa Majesté l’idée d’une conspiration, d’un complot militaire!
—Pas le moins du monde, répondit Fouché de son air le plus indifférent. Il s’agit de M. de Neipperg, vous savez, l’ancien écuyer.
—M. de Neipperg? Eh! mais il est bien tranquillement dans ses propriétés, auprès de Vienne. Il chasse, il pêche, il joue de la flûte. Je viens justement de recevoir un rapport très détaillé. On ne voit que lui aux environs de Vienne.
—Eh bien, mon cher successeur, dites cela à l’Empereur, il sera content et vous félicitera de la sûreté de vos renseignements.
—Oh! il n’y a pas grand mérite. Je vais le lui annoncer bien simplement. M. de Neipperg est toujours à Vienne, voilà tout!...
Et Savary entra, la tête haute et le regard confiant, dans la chambre de l’Empereur.
—Patatras!... tout mon échafaudage est par terre! dit Fouché à la maréchale... il faut chercher autre chose...
—Oui, cherchons... cherchons vite!...
—Voyons... Voici un autre expédient... le moyen n’est pas très bon... enfin, il faut tout essayer!... M. de Neipperg connaît votre écriture?... eh bien, écrivez ce que je vais vous dire...