Fouché alors, prenant du papier et un buvard sur le bureau de l’Empereur, dicta à Catherine, qui écrivit non sans efforts, car la plume lui était lourde et l’orthographe légère, deux lignes dans lesquelles on commandait à Neipperg de feindre le sommeil et de sauter par la fenêtre qu’il ouvrirait doucement, tandis que l’on essaierait de détourner l’attention de ses gardiens.
—Faites-lui remettre ce buvard de votre part, dit Fouché à Catherine quand elle eut, avec mille peines, achevé la dictée... vous expliquerez que c’est pour qu’il puisse écrire à sa mère avant de mourir... on ne lui refusera pas cette grâce...
La maréchale transmit la demande et le buvard, contenant l’avis d’évasion, à M. de Lauriston qui prit sur lui de faire la commission.
M. de Lauriston revint au bout de quelques instants, les mains vides. Le buvard était parvenu à destination, sans que son contenu eût été révélé à ceux qui devaient veiller sur la personne de Neipperg.
—Je vous quitte un moment, dit Fouché, prenant une prise avec satisfaction, il faut que j’aille poster des hommes à moi, au bas de la fenêtre, pour recevoir notre prisonnier... Vous, madame la maréchale, essayez d’attirer ici M. de Brigode qui, par la porte laissée entr’ouverte, surveille M. de Neipperg... il faut que votre protégé puisse ouvrir la fenêtre et disposer son manteau de façon à faire croire qu’il dort... A tout à l’heure, et bon espoir!...
Fouché sortit doucement. Il glissa comme une ombre entre les officiers de service et disparut, sans avoir fait remarquer son évanouissement.
La maréchale, s’enhardissant, dit à haute voix:
—M. de Brigode, auriez-vous l’obligeance de demander à l’Empereur si je puis me retirer ou si je dois attendre qu’il me fasse appeler?...
—L’Empereur veut vous interroger, madame! dit la voix redoutable de Napoléon, derrière elle.
—Sire, je suis à vos ordres! répondit Catherine devenue tremblante.