L’Empereur revenant calme, ne lui présageait rien de bon. S’il allait faire hâter l’exécution? Savary l’accompagnait: le prisonnier aurait-il le temps de fuir?...
Toutes ces angoisses se pressaient dans son cœur et le torturaient.
—Vous avez bien compris, cette fois, dit rudement Napoléon à Savary, tâchez de ne pas être malavisé et incapable comme d’habitude..... allez!...
—Sire, des sapeurs du génie creusent une fosse dans la forêt, répondit le duc de Rovigo en s’inclinant, et dans trois heures, au lever du soleil, le condamné sera couché dedans, rien n’indiquera l’emplacement où aura été confiée à la terre sa dépouille coupable!...
Et le ministre de la police sortit à reculons, saluant toujours, tout fier d’avoir bien compris les instructions de l’Empereur, certain d’être félicité quand il viendrait annoncer que tout était fini.
—A nous deux!... dit l’Empereur sèchement en regardant Catherine avec des yeux durs, ou plutôt à nous trois, qu’on fasse venir madame de Montebello et qu’on nous laisse seuls...
La dame d’honneur parut, accablée, se cachant le front dans les mains.
Alors Napoléon se livra à un interrogatoire en règle.
Il pressa de questions madame de Montebello et la maréchale Lefebvre. Il voulait absolument leur arracher un aveu, une révélation. Madame de Montebello avait introduit Neipperg et le guidait dans le palais vers l’appartement de Marie-Louise; la maréchale Lefebvre était liée avec le comte de Neipperg; durant son séjour en France le comte venait souvent chez Lefebvre, on avait même supposé une intrigue avec la maréchale. Pour mieux cacher son jeu, Neipperg laissait s’égarer les soupçons de ce côté. Bref, toutes deux devaient savoir quelque chose.
Et en les tenant sous son regard perçant, que nul ne pouvait soutenir, Napoléon leur ordonnait de ne rien cacher de la vérité, si douloureuse fût-elle à entendre.