[I]
LE MAITRE A DANSER
Doucement, discrètement, la porte d’une élégante chambre à coucher dépendant des appartements de Saint-Cloud, s’entr’ouvrit.
[1] L’épisode qui précède a pour titre: Madame Sans-Gêne—La Blanchisseuse.
Une femme de chambre passa le bout de son museau rose et futé dans l’entrebâillement et, s’approchant d’un lit Jacob, à vastes bateaux d’acajou, coiffé d’une couronne d’où tombaient deux grands rideaux à ramages, dit, en mesurant la voix:
—Madame la maréchale!... madame la maréchale!... voici dix heures!...
Une voix forte, un peu enrouée, sortit de la profondeur des rideaux:
—Nom de Dieu!... on ne peut donc pas dormir tranquille dans ce palais de carton!...
—Excusez-moi, madame la maréchale, mais madame la maréchale avait bien recommandé qu’on l’éveillât à dix heures...
—Déjà dix heures!... Ah! fichue paresseuse que je suis!... j’avais pourtant l’habitude autrefois, quand j’étais blanchisseuse, de me lever matin... et puis aussi, au régiment, à la cantine, je n’attendais pas que la diane sonnât deux fois pour me dégourdir les jambes... Mais à présent que je suis Madame la maréchale, je ne peux plus sortir du portefeuille... Allons, vite, Lise, passe-moi mon peignoir...