—Il s’agit maintenant de fixer la date ou le jour de l’exécution.

—Seul, je dois connaître cette date, dit Léonidas... il faut que le secret soit absolu... Au dernier moment je vous convoquerai... Acceptez-vous?

—Oui... oui... Mort au tyran!... A bas l’Empereur!... clamèrent les conjurés, dominés par l’énergie et l’accent d’autorité de leur nouveau chef.

—Mes amis, je compte sur vous comme vous pouvez compter sur moi, reprit Léonidas; à présent, avant de nous séparer, en vous remerciant de l’accueil que vous avez bien voulu me faire sur l’avis de mon cher camarade le colonel Oudet, il me reste un devoir à remplir... Je vous ai donné les noms de tous les membres du gouvernement provisoire... sauf un seul, le mien... je dois vous le faire connaître...

Un grand silence se fit. Tous attendaient avec une vive curiosité le nom de cet audacieux conspirateur qui, en imaginant de répandre brusquement le bruit de la mort de l’Empereur, espérait surprendre le pouvoir, intimider le Sénat, rallier les administrations et disposer de l’armée façonnée à l’obéissance passive.

—Philadelphes, dit Léonidas, avec une mâle simplicité, je suis né à Dôle, le 28 janvier 1754, j’ai donc cinquante-deux ans; mon père était chevalier de Saint-Louis: à seize ans je me suis fait soldat. J’ai commandé le détachement franc-comtois à la fête de la Fédération. J’ai gouverné la place de Besançon. J’ai été fait général de brigade en Italie, où j’ai servi sous mes amis Championnet et Masséna... J’ai toujours défendu la patrie et aimé la liberté... Je me nomme le général...

A ce moment, on frappa violemment à la porte du hangar.

Un maréchal des logis de hussards, très mince, très coquet, accourut, essoufflé:

—Vite! vite!... Hors d’ici, camarades! cria-t-il en entrant.

—Qu’y a-t-il, Renée? demanda vivement Marcel, s’approchant du maréchal des logis qui n’était autre que Renée, le joli sergent du bataillon de Mayenne-et-Loire, la compagne fidèle de l’aide-major.