—Pardon, dit-il, on vous a interrompu à l’instant où vous alliez, mon général, nous dire votre nom... peut-être est-il bon que je le sache, pour le procès-verbal de cette séance?

—Très juste, répondit Léonidas.

Et s’engageant à son tour dans la soute noire, derrière Marcel, il dit ce simple nom:

—Général Malet!...

Puis il laissa retomber la trappe.

Il était temps: des coups de crosse ébranlaient la porte du hangar, qui avait servi de siège au comité de la rue Bourg-l’Abbé et les agents du préfet Dubois s’avançaient, avec précaution, dans la salle vide, tandis que les Philadelphes, ayant gagné la maison voisine, se dispersaient, ajournant l’exécution du projet hardi que le même général Malet devait reprendre témérairement plus tard, au moment de la déroute de Russie, le 22 octobre 1812.

[V]
GLOIRE D’AUTREFOIS

La guerre était commencée. Napoléon s’était préparé avec autant de prudence, de circonspection et de précautions de toutes sortes, en vue de la première rencontre, que si le salut de la France en eût dépendu.

La Prusse, au contraire, avec une infatuation que plus tard nous devions connaître, se fiant à sa vieille réputation militaire, toute glorieuse des souvenirs du grand Frédéric, abusée par les publicistes chauvins comme de Gentz, trompée par ses militaires qui affirmaient, en d’autres termes, mais avec la même présomptueuse sottise que notre maréchal Lebœuf soixante-quatre ans plus tard, qu’il ne manquait pas un bouton de guêtre aux grenadiers, la Prusse ayant pour chefs de vieux généraux comme Brunswick, Blücher et Mollendorf, semblait pénétrée de l’esprit d’imprudence et d’erreur dont il est parlé dans Athalie. La chute de la monarchie prussienne apparaissait fatale.

Un conseil de guerre fut tenu le 5 octobre 1806 à Erfurt, sous la présidence du roi Frédéric-Guillaume.