Le duc de Brunswick, le prince de Hohenlohe, le maréchal de Mollendorf, les ministres, plusieurs officiers généraux, tinrent séance pendant deux jours.
Il est facile de gagner les batailles après coup et de refaire les plans de campagne, en évitant les fautes commises, en profitant des hasards heureux survenus.
Sans tomber dans cette façon trop aisée de tabler sur les faits accomplis, sans suivre la fortune et argumenter d’après le succès final, il est certain que les Prussiens commirent une faute immense dès le début de la campagne.
Ils devaient, loin de se porter au devant de Napoléon qui avait à sa disposition ses troupes de l’Allemagne du Sud, reculer, lui opposer l’espace, le terrain marécageux et difficile, l’attirer vers le Nord, et là joindre l’armée russe à qui la distance ne permettait pas d’entrer en ligne avant deux ou trois mois.
De sages conseils en ce sens furent produits, mais la reine Louise assistait à la discussion penchée sur le fauteuil du roi. Elle fut en cette circonstance le mauvais génie de la Prusse, comme une autre souveraine devait plus tard fatalement conseiller ceux qui disposaient des destinées de la France.
La reine murmura à l’oreille du roi son indignation de paraître reculer devant les Français qui n’avaient pas encore eu affaire à la première armée d’Europe, aux vainqueurs de Rosbach. Que dirait le peuple si animé, si excité, qui criait: A Paris! à Paris! dans les rues de Berlin. Et les étudiants aux discours enflammés, qui chaque soir emplissaient les brasseries de leurs belliqueuses provocations, accompagnées de larges rasades! Les philosophes s’en mêlaient: Fichte en tête, qui s’était engagé, et l’on ne rêvait, dans les laboratoires et parmi les pinacothèques, que l’extermination de l’armée française et la conquête des anciennes provinces de la Lotharingie. Il fallait avancer, pousser droit à l’ennemi. Une première victoire ouvrirait à l’armée prussienne la route de Paris! Et la reine disait:
—Vous hésitez, sire! Le peuple pensera que vous avez peur!...
Le roi, faible, indécis, qui aurait peut-être voulu encore arrêter les hostilités, tenter une démarche pacifique, se soumit aux arrêts de la reine Louise. Cette femme imprudente traduisait d’ailleurs, au conseil de guerre d’Erfurt, les passions populaires surexcitées et formulait les sentiments de toute la nation fanatisée.
La marche en avant fut résolue. Dans une note insultante et provocatrice, la Prusse demanda à la France de retirer immédiatement ses troupes de l’autre côté du Rhin. La date de cette retraite était exigée au 8 octobre.
Ce fut Berthier, major général, qui remit la note à l’Empereur.