—Ah! ah!... les voici!... Attention!...

Immense et lumineux, dominant comme un phare une mer d’hommes, apparut tout d’abord un plumet tricolore, aigrette aux couleurs de la Révolution, et au-dessus, un haut bonnet à poils à ganse d’or...

Aérienne, impérieuse, souple et forte, autour de ce plumet et de ce bonnet à poils, une canne voltigeait, s’élevait dans l’arcature de la porte de Charlottenbourg, descendait, remontait, sceptre mobile de la reine des batailles...

Majestueux, plus haut que jamais, se redressant et se cambrant dans un dandinement rythmique des épaules, La Violette, ainsi que l’Empereur l’avait promis, le premier, entrait dans Berlin.

Et la canne du tambour-major des grenadiers de la garde semblait un peu cousine de l’épée de Napoléon.

Sur la poitrine de La Violette scintillait l’étoile...

La physionomie placide de l’ancien aide-cantinier paraissait scintiller aussi dans l’éclat de cette belle journée...

En se balançant devant les Berlinois, la canne haute et le plumet pointant au ciel, La Violette paraissait dire:

—Regardez-moi, enfants de Berlin!... la France est le plus beau pays du monde... l’armée est ce qu’il y a de plus beau dans la France... le plus beau régiment de France, c’est le 1er régiment de grenadiers... le plus bel homme du 1er régiment de grenadiers, c’est moi, son tambour-major... regardez-moi bien, enfants de Prusse, vous avez sous les yeux le plus bel homme de toute la terre!...

Et il ajoutait, et cela avec un soupir: