Le patriotisme excuse sans doute les infractions à ces serments-là, mais il est plus prudent de ne pas les prêter.

Le prince de Hatzfeld parti, Napoléon allait se mettre au travail avec ses secrétaires, quand Duroc l’avertit que le maréchal Lefebvre désirait lui parler.

—Qu’il entre, dit vivement Napoléon, est-ce que Lefebvre a besoin d’une lettre d’audience... je fais faire antichambre aux rois, mais pas à un maréchal comme Lefebvre...

—C’est qu’il a avec lui un jeune sous-lieutenant, et il craignait que Votre Majesté ne pût le recevoir.

—Un sous-lieutenant?... Son fils peut-être?...

Duroc secoua la tête.

—Non sire... le maréchal Lefebvre n’a pas de fils aux armées...

Napoléon fronça le sourcil.

—Ah! oui, fit-il... le fils de Lefebvre s’imagine, lui aussi, qu’il est sorti d’une race de potentats... il est tel que des gens que je connais bien... ils considèrent comme leur étant dû légitimement ce qu’ils ne tiennent que du hasard et de moi... Le fils de Lefebvre se croit gentilhomme parce que j’ai fait son père maréchal et grand-aigle... il a des idées frondeuses... il connaît madame de Staël, Benjamin Constant... c’est un idéologue!... est-ce qu’il conspire?

—Je n’ai pas dit cela, sire... répondit Duroc vivement.