—Et je vais revoir Alice!

—Oh! ces jeunes gens, ça ne pense qu’aux cotillons! grommela Lefebvre, mais attends un peu, mon petit coq, je ne t’ai pas conduit jusqu’ici, en passant par Iéna, pour que tu laisses emmailloter ton sabre dans les jupons des femmes... Tu vas embrasser Alice, vous parlerez tous deux de vos escapades d’enfance, et puis, en route!... Je t’emmène...

—Où ça, monsieur le maréchal?

—A Dantzig, parbleu!

—Une place magnifique... la plus forte de tout le Nord, à ce qu’on dit...

—Oui... c’est assez coquet! il y a dix-huit mille hommes, deux cents pièces de canon, des redoutes, un canal, des palissades... Oh! c’est un joli cadeau!

—Un cadeau?...

—Sans doute! l’Empereur m’a donné Dantzig... seulement il faut y entrer!...

—Nous y entrerons!...

—J’y compte bien!... mais l’Empereur ne veut pas entendre parler de nos grenadiers pour cela... peut-être qu’avec les hussards nous ferons mieux... puisqu’à présent on prend les citadelles avec de la cavalerie! ajouta un peu ironiquement Lefebvre, qui, en sa qualité de commandant de la garde à pied, avait quelque dédain pour les cavaliers, ces ramasseurs de fourreaux de baïonnettes, comme il les appelait, dans ses moments de courte jalousie contre Murat, Lasalle, Nansouty ou Bessières.