On raillait un peu la fidélité conjugale de ces deux excellents époux à la cour impériale, mais Napoléon, qui tenait à une apparente sévérité de mœurs dans son entourage, félicitait Lefebvre et sa femme de l’excellent exemple qu’ils donnaient aux ménages des officiers de son empire, exemple d’ailleurs peu suivi, surtout dans sa propre famille.
L’empereur cependant n’avait pas été sans faire d’assez vives observations à Lefebvre sur les allures et le laisser-aller de la maréchale.
—Ecoute-moi donc, lui disait-il, en se haussant pour lui pincer l’oreille,—et le grand Lefebvre se penchait pour faciliter cette distraction familière à son empereur,—tâche d’apprendre à ta femme à ne pas relever ses jupes, quand elle entre chez l’Impératrice, comme si elle se disposait à franchir un fossé... dis-lui aussi de se déshabituer de jurer et de prononcer des f... et des b... à toute occasion... Nous ne sommes plus au temps de ce vilain Hébert et ma cour n’est pas celle du Père Duchesne... Ah! encore une recommandation... Tu m’entends bien, Lefebvre?
—Oui, sire, répondait en se contenant le maréchal, car tout en reconnaissant la justesse des observations de l’empereur, il souffrait intérieurement de les recevoir.
—Eh bien, ta femme est tout le temps disposée à se prendre de bec avec mes sœurs... avec Elisa surtout... Ma cour n’est pas une cour d’auberge..... on le croirait à ouïr toutes ces querelles de femmes!
—Sire, madame Bacciochi reproche à la maréchale son humble origine... ses opinions républicaines et patriotes aussi. Nous sommes cependant, vous et moi, des républicains...
—Sans doute, dit Napoléon, souriant de la naïve confiance de Lefebvre, qui, comme beaucoup de vieux soldats des armées de 92, pensait toujours servir la République en obéissant à un empereur.
Pour ces âmes vaillantes et simples, Napoléon, c’était la Révolution couronnée.
—Lefebvre, mon vieux soldat, reprit l’empereur, fais part à la maréchale de mon désir qu’elle évite de se chamailler à l’avenir avec mes sœurs... tu pourras lui apprendre aussi qu’il est peu convenable qu’elle se donne de grandes tapes sur la cuisse chaque fois qu’elle veut affirmer quelque chose.
—Sire, je transmettrai à la maréchale les observations de Votre Majesté. Elle s’y conformera, je vous le promets!...