Les corps délibérants et la presse n’avaient qu’un rôle muet dans la sublime et anormale pantomime militaire qu’on nomme l’Empire.

Lefebvre, s’il était un sénateur peu disert, avait l’estime de Napoléon. Celui-ci le considérait comme le plus brave le sabre au clair, mais aussi comme le plus ignorant, le plus incapable, la plume à la main, de tous ses généraux.

Dès qu’on discutait un plan, Lefebvre, impatienté, bouleversait les papiers, les projets, les levés et les épures, auxquels il ne comprenait goutte et s’écriait:

—Laissez-moi faire!... f...-moi devant l’ennemi, avec mes grenadiers, et je vous réponds que je passerai!

Et il passait comme il l’avait dit.

Il est vrai que docile, respectueux envers son empereur, son dieu, il exécutait à la lettre les ordres du maître des batailles.

Napoléon pensait et Lefebvre exécutait. Il était l’obus dans le canon. Où l’empereur le lançait, Lefebvre allait droit devant lui, force irrésistible, sous une impulsion puissante, et rien ne lui résistait.

C’est lui qui, dans la Grande-Armée, avait l’honneur de commander la garde impériale à pied, colosse à la tête d’une légion de géants.

Lefebvre n’était pas seulement un guerrier extraordinaire, il était aussi un mari exceptionnel.

Il était resté le même pour sa Catherine, si son uniforme avait changé; et la plaque de grand-aigle de la Légion d’honneur qui couvrait sa poitrine n’avait en rien altéré la régularité des battements de son cœur.