Par des tranchées, dont les déblais protégeaient les travailleurs, on s’approcherait de plus en plus des murailles. Une première tranchée, dite parallèle, étant creusée, la nuit, afin d’échapper autant que possible au feu des défenseurs, on cheminerait par une autre tranchée en zig-zag jusqu’à une certaine distance, où l’on creuserait une seconde parallèle.
Par les chemins couverts ainsi l’on arriverait jusque sous les remparts. Chaque tranchée serait armée de canons dont le feu continu empêcherait les assiégés de fournir un feu trop meurtrier.
—Et quand on sera parvenu au pied des remparts, que fera-t-on? demanda Lefebvre vivement intéressé.
—Alors, monsieur le maréchal, une brèche suffisante sera pratiquée dans la muraille par les canons du général Kirgener... les déblais combleront le fossé de Dantzig... et à ce moment-là, mais à ce moment suprême seulement, vos soldats feront le reste...
—Ah! messieurs, il faut donc un trou dans cette sacrée muraille?... Eh bien! faites-moi ce trou, faites-le vite, et je vous réponds bien que je passerai!...
Les deux généraux s’inclinèrent et apprirent alors au maréchal que, dans la nuit précédente, on avait réussi à établir une première parallèle à la distance de 200 toises du Hagelsberg; un épaulement en terre protégeait les travailleurs. On n’avait plus qu’à cheminer, en repoussant les sorties et en se garant des mines et des contremines que la garnison de Dantzig ne manquerait pas d’opposer aux efforts de l’assiégeant.
—Je vous félicite, messieurs, dit Lefebvre en les congédiant gracieusement, de tout ce que vous m’avez appris... Vous savez, moi, mon métier n’est pas de cheminer... Je n’ai jamais fait la guerre chez les taupes... C’est égal! je vois que vous tâchez de me fabriquer un trou pour que j’entre... je vous remercie, et je parlerai à l’Empereur, dans mon prochain rapport, de vos travaux et de vos cheminements...
La porte de la tente fut soulevée, et Henriot, en tenue de commandant de chasseurs, parut, très visiblement ému.
—Qu’y a-t-il? est-ce que tu as pris Dantzig avec ton escadron?... demanda Lefebvre toujours un peu ironique quand il s’agissait de parler de la cavalerie.
—Non, monsieur le maréchal... c’est une nouvelle... deux nouvelles... dont l’une est pour l’armée, l’autre pour vous...