—Mais, général, ce ravin servirait à abriter mes soldats... ils avanceraient à couvert... Pourquoi ne choisissez-vous pas ce côté? On se jetterait sous les murs de Dantzig sans courir de grands risques? demanda Lefebvre, qui ne voyait jamais que le moment de l’assaut final.

Le général Chasseloup lui répondit aussitôt:

—Mais, monsieur le maréchal, dans ce ravin, comment voulez-vous que nous pratiquions nos cheminements?

Lefebvre demeura bouche béante.

—Nos cheminements?... expliquez-vous, général?...

L’ingénieur alors se mit à faire au maréchal un cours abrégé de l’art de prendre les places.

Il n’était pas extraordinaire que le maréchal fût, dans cette partie de l’art militaire, fort peu compétent.

La plupart des généraux de l’Empire étaient aussi ignorants que lui.

Depuis Vauban, il n’y avait pas eu en Europe de siège régulier. Sauf Mantoue, la plupart des places investies s’étaient rendues avant l’issue des opérations fatales du siège. Saint-Jean-d’Acre, défendue par Ahmed le Boucher et par sir Sidney, ne pouvait figurer parmi les sièges réguliers, l’armée d’Egypte n’ayant pas eu à sa disposition de matériel de siège complet.

Le général Chasseloup fit connaître au maréchal les difficultés réelles de la grande tâche que lui avait assignée Napoléon. Il ne s’agissait plus de lancer des compagnies de grenadiers ou de voltigeurs intrépides à l’assaut et d’emporter un bastion dans un élan terrible. C’était la guerre souterraine qu’on devait pratiquer, en renonçant au combat au grand soleil. Les armes savantes avaient le pas sur les casse-cous.