Un personnage, ce professeur de danse et de maintien!

Petit, maigre, alerte, gracieux, sautillant, poudré, culotté, musqué, il avait traversé la Terreur sur les pointes, sans recevoir une éclaboussure de sang.

Dès que la tourmente fut passée, quand les plaisirs commencèrent à entr’ouvrir la porte des salons encore tout encrêpés des deuils et attristés des fuites, maître Despréaux devint l’homme indispensable.

Il s’agissait de reconstituer un art perdu. Il était l’unique dépositaire des traditionnelles politesses, des saluts compliqués comme une manœuvre militaire, et des danses qui, pour les jeunes filles, évoquaient les fabuleuses joies d’un paradis mondain évanoui.

Toutes les dames se disputèrent, s’arrachèrent Despréaux.

Avec ses pirouettes, ses révérences, ses ronds de jambe et ses entrechats, ce sauteur à la mode fit plus, pour effacer les souvenirs égalitaires de la Révolution et ramener les us et les façons de l’ancien régime, que tous les décrets contre-révolutionnaires des thermidoriens et du Directoire.

C’était à l’occasion de la venue de maître Despréaux au palais que la maréchale Lefebvre, rentrée fort tard d’une soirée donnée par Joséphine, avait dû se faire réveiller et habiller dès dix heures du matin.

Elle trouva le professeur des grâces au salon, s’essayant à plier les jarrets, et minaudant devant une glace.

—Ah! vous voilà, monsieur Despréaux, et comment ça va-t-il cette santé! dit-elle brusquement en lui prenant une main qu’il ne songeait nullement à tendre, et qu’elle secoua avec rudesse.

Despréaux, rouge, interdit, humilié, car la maréchale l’avait interrompu dans son deuxième mouvement du grand salut qu’il esquissait, retira sa main de l’étreinte franche de la Sans-Gêne, et, tout en rajustant les dentelles de sa manchette légèrement fripées, répondit assez sèchement: