—J’ai l’honneur d’être aux ordres de madame la maréchale!...

—Eh! bien, mon petit, dit Catherine, se campant à califourchon sur le rebord d’une table, voilà ce que c’est... L’Empereur trouve qu’à sa cour on n’a pas assez de belles manières... il veut que nous soyons distinguées... tu comprends ce qu’il désire, mon fils?...

Despréaux, choqué dans ce qu’il avait de plus respectable, par le ton et la familiarité de la maréchale, répondit de sa petite voix de tête, aiguë et impertinente:

—Sa Majesté a raison de vouloir faire refleurir dans son empire les charmes de la distinction et les élégances d’une cour policée... Je suis, madame la maréchale, l’interprète respectueux de ses volontés... Puis-je savoir ce que vous désirez plus particulièrement acquérir dans l’art du monde, afin de donner satisfaction à Sa Majesté?...

—Eh bien, voilà la chose, fiston... Il y a un grand bal à la cour mardi... on doit danser une gavotte... Il paraît que ça se dansait sous le tyran... L’empereur veut que nous sachions la gavotte... tu tiens cet article-là, paraît-il, passe-le-moi!...

—Madame la maréchale, la gavotte est une chose difficile... il faut des dispositions... peut-être ne réussirai-je pas à vous enseigner cette danse qui plaisait tout particulièrement à madame la Dauphine, dont j’eus l’insigne honneur d’être le professeur! dit Despréaux avec une feinte modestie.

—Essayons toujours... Oh! s’il n’y avait que l’Empereur, je m’en ficherais pas mal... Il ne s’occupait pas de savoir si je dansais la gavotte quand je blanchissais son linge... mais c’est Lefebvre qui y tient. Et voilà, mon petit, tout ce que mon homme veut, je le veux! Ah! c’est qu’il n’y a pas à dire, Lefebvre et moi, nous sommes comme les deux doigts de la main, et nous laissons rire de nous les jeunes freluquets qui entourent les princesses, parce que Lefebvre et moi nous nous sommes tenu ce qu’ils se promettent!... Allons, mon bonhomme, en place pour la gavotte... dis-moi où est-ce qu’il faut que je fourre mes jambes?...

Et la Sans-Gêne se fendit et tapa deux fois de la semelle droite, sur le parquet, comme dans un assaut d’armes, pour un appel.

Despréaux haussa imperceptiblement les épaules et poussa un soupir.

En lui-même, l’aristocrate baladin déplorait la vulgarité des temps et l’obligation où il se trouvait d’enseigner les belles manières et d’apprendre la gavotte à d’anciennes blanchisseuses, devenues, par la grâce de la victoire, de hautes et puissantes dames.