—Ah! ce bon La Violette? s’écria vivement Catherine, reconnaissant le fidèle tambour-major.

—Oui, m’ame Catherine... je veux dire m’ame la maréchale... vous êtes bien bonne!... c’est moi; je suis planton-chef chez le maréchal, et si vous voulez, je vais vous mener à un bon endroit, où vous verrez toute la danse.

—Non, mon garçon, je te remercie... je saurai bien voir toute seule... j’aime mieux que tu suives le maréchal... il peut avoir besoin de toi dans la bagarre.

—J’vous obtempère, m’ame Catherine, j’veux dire m’ame la maréchale, mais vous savez bien qu’avec lui il n’y a pas de danger... Ah! dès qu’ils vont l’apercevoir, ils ne s’amuseront pas à l’attendre les sacrés Prussiens... ils ont cru comme ça n’avoir affaire qu’à des Saxons; quand ils sauront que c’est le maréchal qui est à la tête du 44e... pschuist! ils repasseront bien vite le fossé comme des canards!...

Lefebvre cependant avait rallié rapidement le bataillon disponible du 44e de ligne:

—Soldats, s’écria-t-il, cette redoute est non seulement la garde de notre camp, mais la clef de Dantzig... L’ennemi l’occupe, il faut le déloger... J’ai promis à l’Empereur de prendre Dantzig, je compte sur vous pour empêcher un maréchal de France de manquer à sa parole... En avant, grenadiers du 44e, et vive l’Empereur!...

Alors, comme un sergent, le sabre à la main, bientôt nu-tête, car une balle l’avait décoiffé, le grand-cordon de la Légion d’honneur noirci de poudre, les broderies arrachées, terrible, ne connaissant plus rien, fonçant droit devant lui, le maréchal Lefebvre se jeta le premier dans la tranchée déjà abandonnée, entraînant le 44e de ligne...

Les Prussiens, stupéfaits, hésitèrent un instant...

Lefebvre se précipita sur les premiers assaillants rencontrés; ils furent en une seconde abattus, percés de coups de baïonnette, de coups de sabre. On n’avait pas le temps de recharger les armes.

Une trombe de balles accueillit le maréchal à son débouché de la tranchée purgée...