—Qu’il entre!... mais sapristi! on dirait que c’est sérieux! fit Lefebvre, prêtant l’oreille aux décharges successives de la mousqueterie accompagnant le bruit du canon plus nourri.
Henriot, après avoir fait un signe amical à sa mère adoptive, dit rapidement:
—Monsieur le maréchal, l’ennemi vient de tenter une grande sortie... il s’est emparé de la redoute que nous avions prise...
—La redoute dont le 44e de ligne s’était rendu maître?... ce qui nous mettait à quarante toises du Hagelsberg... Les Saxons de Bevilacque la gardaient...
—Oui, monsieur le maréchal... la panique s’est répandue chez les Saxons; ils ont abandonné les tranchées; c’est une déroute sérieuse; dans un quart d’heure, si on ne les arrête, les Prussiens seront ici...
—Le 44e de ligne est là? demanda froidement Lefebvre.
—Oui, monsieur le maréchal, un seul bataillon... commandant Rogniat.
—Ça me suffit!... viens, accompagne-moi, ou plutôt, non! veille sur la maréchale...
—Sur moi! Ah ça, dit d’un ton offensé Catherine, est-ce que ça ne me connaît pas, le chambard des batailles?... Laisse-moi donc, Lefebvre, ça me rajeunira de te suivre au combat... Ça me rappellera le temps de Jemmapes!... Ne t’occupe pas de moi! administre une bonne raclée à ces Prussiens, qui nous dérangent... Nous nous retrouverons après l’affaire.
Quand fut sorti le maréchal, une ombre géante se dressa aussitôt devant la tente.