Le souper touchait à sa fin et Lefebvre, ayant tiré sans façon sa vieille bouffarde qui ne le quittait pas plus que son sabre, se mit en posture d’allumer et se disposa à digérer comme un bon bourgeois au coin de son feu, les pieds sous la table, en causant avec sa femme, au milieu des aspirations berceuses du tabac.

La maréchale, qui du coin de l’œil avait inventorié le mobilier sommaire de la tente de son mari, dit en riant, avec malice, montrant du doigt le lit de camp:

—Tu couches dans ce petit portefeuille-là!... Ah! mon pauvre homme, comment allons-nous tenir tous les deux là-dedans, car je ne suppose pas que tu vas m’envoyer dormir dans la berline?...

—J’ai un autre lit de fer comme celui-ci. Nous le rapprocherons, et puis, en se serrant, on arrive toujours à se caser dans un lit, si petit soit-il, quand on s’aime, fit Lefebvre se levant et étreignant contre sa poitrine son excellente épouse.

L’ordonnance entra tout à coup, l’air effaré.

La maréchale se dégagea, confuse, et dit à l’oreille de son mari:

—Consigne donc un peu ces gaillards-là, qu’on puisse prendre au moins son dessert tranquillement!

Le maréchal allait donner l’ordre que sollicitait sa femme, quand une série de détonations éclata en même temps que les cris: «Aux armes!» suivis de roulements de tambours et de sonneries de trompettes mettant tout le camp en rumeur.

—Qu’y a-t-il? demanda Lefebvre à l’ordonnance.

—Le commandant Henriot veut vous parler, monsieur le maréchal.