—Tu devais être comme un astre, Catherine... j’aurais voulu te voir...

—Oui... je devais avoir bon genre, avec ma grande plume d’autruche qui se balançait sur ma toque! Ah! c’était superbe!... nous avions des habits de coupe espagnole avec des toques de la couleur de nos robes... tu vois ça d’ici?...

—Et les cavaliers?

—Ils portaient des habits de velours, des toques aussi et des écharpes couleur du quadrille... Mon cavalier, c’était un bel homme, M. de Lauriston; oh! ne va pas être jaloux, c’est un civil!... et c’est Despréaux, tu sais, mon maître à danser, qui conduisait toute la ribambelle... La princesse Caroline par extraordinaire ne s’est pas trop chamaillée avec la princesse Elisa... le bal a été ravissant... je conterai cela à l’Empereur, ça l’amusera, le pauvre cher homme!...

—Je crois que tu auras de la peine à l’égayer avec les nouvelles que tu lui apportes...

—Bah! il en prendra vite son parti... D’ailleurs il sera enchanté de me voir arriver au lieu de Joséphine... ça lui évitera des scènes, si comme on le dit, les Polonaises... enfin, suffit!...

—L’Impératrice devait donc venir le relancer jusqu’au camp?

—Elle a prévenu l’Empereur par un courrier extraordinaire de ses intentions... elle mourait d’envie de le rejoindre en Pologne... elle était inquiète et aussi jalouse! un ordre exprès lui a été envoyé de rester à Paris... c’est alors que je me suis mise en route... Mais, dis donc, ton petit vin d’archevêque, il ne faut pas le laisser aigrir dans la bouteille...

Et elle tendit, à nouveau, gaillardement, son verre que Lefebvre emplit en souriant.

Tous deux, simples, francs, honnêtes, heureux d’être réunis, savouraient avec délices ce modeste repas, sous la tente, avec l’insouciance de deux jeunes amoureux.