La redoute était prise et l’on touchait aux glacis de Hagelsberg.
Le maréchal regarda satisfait l’ennemi disparaître derrière ses remparts et, remettant son sabre au fourreau, dit à Henriot et à La Violette:
—Mes braves, je vous confie la garde de la redoute... Ne vous la laissez pas reprendre cette nuit... Moi, je vais retrouver la maréchale qui m’attend pour finir le dessert!...
[XIII]
UNE HISTOIRE D’AMOUR
La maréchale, le lendemain, s’éveilla aux premiers accents de la diane.
Elle se montra toute joyeuse de ce réveil en musique martiale. C’était toute sa jeunesse qui chantait dans les cuivres. Elle revoyait le camp des armées de la République, lorsque les volontaires sans souliers couraient aux armes au refrain de la Marseillaise, et chaque matin, au lever, s’apprêtaient à terminer la journée par une victoire.
Rapidement elle s’habilla, aidée par une femme de chambre qui l’avait accompagnée, et qui, dépaysée et ahurie, ne cessait de demander à sa maîtresse si l’on gagnerait bientôt la route de France.
Le maréchal était allé visiter, dès l’aube, les avant-postes et reconnaître la situation. La redoute prise la veille avait dû être armée et fortifiée dans la nuit. Il s’agissait de se maintenir dans ce fortin qui permettait de battre en brèche les murs même de Dantzig et de forer le premier trou.
Il revint plus vite que la maréchale ne s’y attendait. Il était très pâle et semblait secoué par une émotion vive.
—Qu’y a-t-il donc? demanda Catherine, est-ce que les Prussiens tentent une sortie nouvelle?... aurait-on perdu la redoute?