Le règlement de la maison de santé permettait aux pensionnaires de recevoir des visites toute la journée.
Malet accueillait donc chaque jour un certain nombre de visiteurs. Rien d'insolite ne marqua ses réceptions du jeudi 22 octobre.
Dans sa chambre, se trouvaient réunis l'abbé Lafon, le moine Camagno, le séminariste Boutreux, l'ex-médecin-major Marcel, et un jeune militaire, le caporal Rateau, de la garde de Paris.
Rateau avait vingt-huit ans. Il était le fils d'un fabricant de liqueurs de Bordeaux et était parent du baron Rateau, procureur général à la Cour de Bordeaux.
Quand les cinq complices furent seuls en face de leur chef, qui les avait retenus sous des prétextes divers, Malet dit d'un ton bref:
—Il faut en finir, mes amis... l'Empire a trop duré, et l'Empereur a trop vécu!... voici l'heure de frapper le grand coup... Êtes-vous prêts à me suivre?...
Il les interrogea du regard rapidement. Tous répondirent affirmativement.
L'abbé Lafon fit cette réserve:
—Il est entendu, mon cher général, qu'il s'agit seulement de renverser l'Empire et non de rétablir la République?
Malet eut un geste d'impatience.