—Pas pour moi! Réfléchissant à ce qui se dit dans Paris, aux alarmes répandues, à l'absence de nouvelles qui permet de supposer des désastres pour l'armée, je me demande si je puis conserver ma haine, comme une arme chargée braquée sur la poitrine de celui qui porte la France en croupe de son cheval...

—Napoléon n'est pas la France! accentua énergiquement Malet. Il a trahi la cause de la liberté. C'est un despote qui a tout sacrifié à son ambition. Il a fait couler, par cent canaux sur tous les champs de l'Europe, le plus pur sang de notre jeunesse. Il emmène avec lui en ce moment dans les déserts béants comme des fosses la nation valide presque entière, elle s'y engloutira!... il suit sa route funeste au milieu des ossements... La France a besoin d'air, et elle étouffe de liberté, et elle est bâillonnée; de paix, et elle est poussée dans des combats sans fin... Non! la France n'est pas Napoléon et vous ne pouvez confondre le tyran et l'esclave, le bourreau et la victime!...

Malet avait prononcé avec force ce réquisitoire. Henriot, à qui le conspirateur n'avait rien révélé de ses projets, gardait le silence, les yeux fixés sur le carreau de la chambre.

Après l'avoir observé quelques instants, Malet reprit avec fermeté:

—Vous êtes venu à moi, colonel... je ne vous ai ni cherché ni sollicité... prisonnier, n'ayant pas à me louer de l'Empereur, républicain n'aimant pas l'Empire, militaire privé de son commandement et comme tel enclin à s'entourer de mécontents, je vous ai accueilli avec plaisir, avec confiance, avec espoir aussi, quand, recommandé par le comte d'Orvault de Maubreuil que j'ai connu à la cour de Westphalie, l'on vous a adressé a moi... je ne vous ai pas interrogé, vous m'avez étalé votre cœur; je ne vous ai rien demandé, vous m'avez offert de me seconder si j'entreprenais quelque chose contre Napoléon... sans vous engager, sans vous initier au moindre des projets que je pouvais avoir, je vous ai seulement indiqué que je serais heureux de posséder certains détails sur l'organisation de la place de Paris, que d'ailleurs je pouvais facilement me procurer par ailleurs...

—Je vous ai fourni les renseignements.

—Vous en repentez-vous?...

—Non... puisque je vous en apportais d'autres, aujourd'hui même...

—Quel autre renseignement?

—Celui que vous m'avez fait demander par ce billet qui me fut passé hier à la place...