Un éclair de joie brilla dans les yeux gris et ternes de Malet.

—Attendez! dit-il, je ne veux pas violenter votre conscience... je vous rappelais tout à l'heure comment vous étiez venu me trouver, et les services que vous m'aviez rendus, nullement compromettants du reste, et qui ne sauraient être qualifiés de trahisons... Ceci dit, je ne prétendais ni vous imposer de nouvelles communications, ni vous entraîner plus avant avec moi vers un but qui vous effraie...

—Un but que j'ignore, général!

—Vous ne tarderez pas à le connaître... Oh! n'ayez aucune crainte, vous serez au courant de mes actions, bientôt, et sans être mêlé à aucune d'elles...

—Général, je n'ai pas peur...

—Si!... vous avez peur de nuire à Napoléon!...

Henriot releva la tête qu'il avait gardée constamment baissée.

—Eh bien! oui, vous avez raison, général, j'ai peur de combattre la patrie en combattant Napoléon; j'ai peur de blesser la France en frappant son Empereur; j'ai peur d'achever à Paris la déroute de mes frères d'armes que là-bas transpercent les lances des Cosaques... Mais cette crainte ne saurait m'empêcher de tenir vis-à-vis de vous les promesses que j'avais pu vous faire, et, en vous étant utile, je suis assuré de ne pas servir les ennemis, de ne pas aggraver la défaite qui, dans les solitudes russes, s'accomplit peut-être à l'heure où nous parlons!

—D'où vous viennent donc, aujourd'hui, de si grandes appréhensions?... fit Malet dardant son regard sur le jeune colonel; serait-ce la demande contenue dans ce billet qui vous fut remis hier?... oh! par une personne tout à fait sûre, ma femme!...

—Oui, général, c'est bien cette demande qui m'alarme, qui me trouble, qui me force à m'arrêter sur les bords d'un précipice, que je ne vois pas, mais que je devine... Vous m'avez prié de vous faire tenir ce soir le mot d'ordre qui serait distribué par la place aux chefs de poste...