Les ordres reçus auraient pu les trouver plus récalcitrants. Ce sénatus-consulte disposant du pouvoir, l'Empereur mort, n'était-il pas un acte révolutionnaire? Le trône n'était pas vacant parce que Napoléon venait à disparaître. On n'était plus à l'époque où de la première Impératrice vainement un héritier était attendu. Le successeur de Napoléon existait: il se nommait le Roi de Rome. Tous ces soldats et tous ces officiers avaient entendu les salves et les carillons proclamant la naissance de celui qui devait s'appeler, son père mort, Napoléon II. Nul n'y songea. La dynastie n'avait pas pénétré l'esprit public. Napoléon était considéré comme seul soutien de l'Empire: le trône s'écroulait du jour où il n'y siégeait plus. Il apparaissait isolé, dans sa gloire, sans descendants comme il avait été sans aïeux.
Un des principaux auteurs de la conspiration Malet, le général Lahorie, complice inconscient aussi, l'avoua franchement devant le conseil de guerre:
—J'avais vu le 18 Brumaire, dit-il, une révolution qui s'était faite de la même manière; je croyais qu'il s'agissait de la formation d'un nouveau gouvernement, et j'y apportais mon concours, comme j'avais concouru au 18 Brumaire. Un sénatus-consulte pouvait, selon moi, en disposer à sa mort. Je ne suis pas légiste, je suis un soldat!...
Il était environ six heures du matin quand Malet, suivi de sa troupe, se présenta devant la Force.
[XV]
LE PORTRAIT
Au palais de Saint-Cloud, le 23 juillet 1812, un officier d'administration, en grand uniforme, attendait, dans un salon, au milieu de divers fonctionnaires, une audience de l'Impératrice.
C'était un homme jeune, assez grand, d'une corpulence déjà marquée, aux traits forts, mais dont la physionomie, en apparence vulgaire, était comme illuminée par un sourire étrange, profond, terrible...
Cette inoubliable puissance de ce sourire ironique, cruel, pénétrant comme une vrille, échappait d'ailleurs à la plupart des contemporains vivant côte à côte avec ce jeune officier, qui était attaché aux bureaux du comte Daru.
Un huissier de service appela:
—M. Beyle!