—C'est vrai! murmura Lahorie, remué par ce souvenir et subissant l'influence de la camaraderie évoquée par son ancien compagnon d'armes.

S'avançant rapidement vers Savary, il lui prit la main, la secoua énergiquement, en disant:

—N'aie pas peur, mon vieux!... tu tombes dans des mains généreuses!... Allons! finis de t'habiller, on va te conduire dans un endroit où tu seras en sûreté!...

En tremblant, Savary mit ses vêtements.

Lahorie donna l'ordre au général Guidal de conduire le ministre, avec Desmarets, chef de la haute police, que Boutreux venait d'arrêter, à la prison de la Force.

Ce fut une grosse faute, car si l'on hésitait à tuer le ministre de la police, il fallait au moins le garder comme otage dans son hôtel, et ne pas se priver de Guidal et des hommes d'escorte.

Savary fut conduit en cabriolet à la Force. Il tenta de sauter hors de la voiture sur le quai de l'Horloge, mais il tomba sur le pavé. Des badauds, qui regardaient curieusement passer le cortège, reconnurent le ministre de la police, très peu populaire, s'emparèrent de lui, et, loin de faciliter son évasion, le remirent aux mains des gardes.

Arrivé à la Force, Savary dit au concierge surpris d'avoir le ministre à écrouer, mais obéissant à ce qu'il pensait l'ordre émané d'une autorité régulière supérieure:

—Mon ami, je ne sais ce qui se passe. C'est étrange, c'est inconcevable! Qui sait ce qui en résultera!... Place-moi dans un cachot écarté, donne-moi des vivres et jette la clef dans le puits!...

Boutreux, pendant l'arrestation de Savary, prenait possession de l'hôtel de la police, et arrêtait Desmarets et le préfet, le baron Pasquier. Il installait, comme successeur, le Corse Bocchéiampe, le détenu libéré, trimbalé depuis l'aube parmi les conspirateurs, ne comprenant pas grand chose à ce qui s'accomplissait autour de lui, marchant cependant avec entrain derrière Guidal et Malet vers un but encore mystérieux, et qui, pour ce malheureux embarqué comme un matelot un peu ivre sur un port inconnu, devait être la plaine sinistre de Grenelle.