—Où est le petit Noirot?... reprit Guidal avec un regard sinistre, cherchant autour de lui le sous-officier qu'il avait réclamé, sans doute plus exalté et plus sûr que les soldats présents, qui se chargerait de donner le coup de grâce au ministre.
Un officier, le nommé Fessard, croit-on, qui avait sans doute eu à se plaindre de Savary, dit alors à haute voix, en le désignant de la pointe de l'épée:
—On embroche cela comme une grenouille!...
Savary fit un haut-le-corps et vivement se retrancha derrière une chaise.
Il crut surprendre une expression d'indignation sur la martiale figure de Lahorie.
Il s'approcha de lui et d'une voix émue lui dit:
—Lahorie, mon vieux camarade, nous avons mangé ensemble le pain de munition, campé, bivouaqué, donné des coups de sabre aux Autrichiens ensemble... Souviens-toi de l'armée de la Moselle! Nous avons affronté bien des fois la mort côte à côte, tu ne l'as pas oublié?... On n'oublie pas ces moments-là!... Tu ne vas pas me laisser assassiner?... je suis, comme toi, un soldat, tu ne peux pas être devenu un assassin, je ne puis pas être aujourd'hui ta victime...
Lahorie fit un mouvement d'énergique dénégation:
—Qui parle d'assassiner?... Moi! je ne suis pas un assassin, Savary... où vois-tu ici des assassins?...
—Ces hommes que tu commandes ont des allures de coupe-jarrets... je ne sais ce qui les anime!... Mais toi, Lahorie, tu ne dois pas avoir perdu le souvenir de ce que j'ai fait pour toi, lors de l'affaire Moreau... je t'ai sauvé la vie, alors!