L'un des deux pitres, costumé en Anglais comique, avec pantalon de nankin, habit bleu à boutons d'or, gilet rouge et chapeau jaunâtre à longs poils, imitait dans la perfection le ridicule insulaire dont la salle s'égayait. De grands favoris filasse lui pendaient le long des joues. Il les tortillait en accomplissant ses gambades et ses contorsions.

Les trois consommateurs ne prenaient qu'un médiocre plaisir à ce spectacle.

Tous trois semblaient absorbés. Ils ne riaient que du bord des lèvres. La tristesse était au fond des yeux de Renée; Marcel et Henriot avaient dans le regard de l'inquiétude, et, si leurs corps se trouvaient réellement attablés à l'un des guéridons du Mont Saint-Bernard, leur âme était ailleurs.

A un moment Marcel tira sa montre et la consulta.

—Oh! ne t'en va pas encore! il n'est pas l'heure que tu m'as dite!... supplia Renée retenant son amant.

—J'ai encore un quart d'heure, ma chère!... puis il faudra, tu le sais, que j'aille retrouver mes amis...

Un éclair de frayeur dans le regard, un geste de vague supplication montrèrent que Renée, inquiète, se résignait et comptait en soupirant les minutes.

—Cette journée a été bien courte et bien longue pour moi!... murmura Renée à l'oreille de Marcel, bien longue parce que tu m'as laissée seule si longtemps, bien courte puisque tu me dis que peut-être je serai plusieurs jours sans te revoir...

—Oui... oui! fit Marcel impatienté, cherchant à arrêter une confidence possible, une indiscrétion à prévoir...

—C'est triste ce voyage dont tu ne veux pas me dire le but, ni la durée, reprit Renée insistant. Elle parlait cette fois assez haut pour que Henriot entendît. Sais-tu bien, ajouta-t-elle, que je pourrais être jalouse!...